Cristian Mungiu – 2026
« It’s about the limits of your intimacy and freedom, and what happens when your personal values do not match the values of the society in which you wish to live in this global world. »
-Cristian Mungiu
Autant l’année dernière, j’ai longtemps hésité à aller voir la Palme d’or, rattrapée il y a seulement quelques jours. Autant cette année, un cinéma local la passait immédiatement et je me suis donc fendu du déplacement. Je n’ai jamais vu de film de Mungiu, pas même sa précédente Palme, j’arrive donc en terrain totalement inconnu en n’ayant que vaguement aperçu la bande-annonce du métrage.

IMDb: https://www.imdb.com/title/tt35410859/
Fjord, c’est l’histoire d’une famille religieuse chrétienne qui vient d’émigrer de Roumanie. La mère est norvégienne, Lisbet jouée par Renate Reinsve, le père est roumain, Mihai joué par Sebastian Stan méconnaissable (surtout que dans le dernier film où je l’ai vu, il jouait le Donald !) et ils ont cinq enfants, d’adolescents à un nouveau-né. Arrivée dans un coin reculé de Norvège, dans ce fjord du titre entouré d’eau et de montagnes, la famille s’installe dans une petite communauté qui semble bienveillante. Des marques sur le corps de la jeune fille, et l’école prévient les services sociaux, les enfants leur sont retirés et démarrent les démarches légales pour les retrouver.
Sous ce pitch assez classique, Mungiu développe un film de 146 minutes sans aucune longueur, où chaque scène est justifiée, pour comprendre plus avant cette famille d’un côté mais également les institutions norvégiennes de l’autre. L’Aide à l’Enfance qui se doit de protéger les enfants, pour ne pas risquer que l’’État soit attaqué plus tard, l’école qui se doit de signaler tout écart avec une norme progressiste et la famille qui élève ses enfants dans une forme de conservatisme fort, sans accès à l’internet ou aux médias de masse, dans la foi chrétienne avec la Bible et ses enseignements.
Mungiu se place entre ces deux parties, le progressisme presque extrême d’un côté avec des enfants enlevés à des parents sans preuve véritable, et le conservatisme religieux de l’autre avec un endoctrinement des plus jeunes. Et il laisse au spectateur sa réflexion sur ces deux blocs. Le reproche léger que je ferais au film, c’est que c’est amené de manière presque trop didactique en utilisant le procès civil des parents pour clarifier les intentions de son métrage. A l’inverse, il y a d’autres éléments du film plus subtils et plus touchants sur ces considérations, notamment autour du père de l’avocate de la famille, qui est handicapé, veuf, et « menacé » d’être envoyé en EHPAD où travaille Lisbet ; sur le rapport aux enfants dans deux familles différentes qui montrent justement des considérations sur la bienveillance et l’écoute des enfants.
Le film vise, je pense, à nous faire prendre conscience que la réflexion binaire ne fonctionne jamais, que la tolérance et le vivre ensemble passent par une forme de compréhension large, une ouverture d’esprit qui nous permet d’appréhender les autres, sans immédiatement rejeter le point de vue différent. Au final, ce sont d’ailleurs les deux femmes, mères et empruntes d’une certaine spiritualité qui sont les plus tolérantes et ouvertes aux autres. L’une en acceptant de défendre un mode de vie loin de ses considérations, l’autre qui par humanisme accepte des écarts avec sa foi. C’est un film intéressant et intelligent, sans fulgurance. Très maîtrisé dans sa forme, utilisant ces paysages assez merveilleux pour y ancrer une histoire plus terre à terre, Mungiu aurait pu valoriser le charme de l’endroit, ce qu’il fait au final assez peu. Le plan de cette jetée est pourtant visuellement magnifique:

Bon film, mais pas plus. J’ai trouvé le Soudain de Hamaguchi beaucoup plus riche d’idées et de réflexions.
#Too Long Didn’t Read:
Une collision entre le progressisme scandinave et la foi chrétienne roumaine pour ce drame familial dans les très beaux fjords norvégiens. Mungiu laisse au spectateur son analyse et réflexion en se plaçant, neutre, entre ces deux parties. Beaucoup de qualités, un bon film mais pas une grande palme pour moi.
On pourrait évoquer Jagten de Viterbi sur une situation assez proche. Il faudra que je rajoute le film dans les rattrapages…
– Gregouf
Tags: #film #2026 #Cannes #Palme #Mungiu
