Cocotte

György Pálfi – 2025


« Cot, cot, codetttt! »


J’ai découvert le cinéma de György Pálfi en 2003, à l’Etrange Festival avec son premier film « Hic » (Hukkle). Sans doute l’un des plus grands fous rires de ma vie, j’en pleurais avec des spasmes abdominaux dantesques. Pas parce que c’était éminemment drôle, mais probablement parce qu’encore jeune, j’avais eu du mal à rentrer dedans et que l’étrangeté de la chose avait entraîné cette réaction nerveuse.

Un grand coucou à Dédo et Christelle qui m’accompagnaient dans cette séance de HIT des zygomatiques, et la catalysaient. Jamais revu, je ne sais pas comment je le percevrais aujourd’hui mais les films de György détonnent toujours, notamment son Taxidermia. Cette fois-ci, il essaie de faire des omelettes sans casser les œufs, il ne faudrait pas brusquer sa vedette !


 IMDb: https://www.imdb.com/title/tt29283995/

Cocotte (ou Kota dans son titre original) s’ouvre sur un plan rarement vu au cinéma (et vous y aurez le droit plusieurs fois !). On se retrouve dans une exploitation de volaille et on suit la naissance de cette poule noire, chahutée à travers les méandres industriels humains. Ça m’a rappelé un peu ce plan fou de Samsara sur cet abattoir de volaille en Thaïlande.    

Bon là, ça reste moins sanglant. De là notre poule devient adulte, et réussit à s’échapper pour essayer de vivre une vie de gallinacé. Ballottée au milieu des turpitudes humaines, elle cherche avant tout à avoir ses poussins, sa quête de vie au milieu du monde fou humain qui l’entoure. Et on n’en dira pas beaucoup plus pour ne pas gâcher cette découverte cinématographique de qualité.

György filme son héroïne à hauteur de gallinacée, un peu comme un Yasujirō Ozu à plumes (notre réalisateur japonais aimant cadrer ses personnages d’une manière assez systématique selon leur position). Beaucoup de plans serrés sur les expressions de notre poule et ses yeux, probablement épouvantés par les exactions des hommes. C’est un film que Philippe Descola aurait pu écrire, montrant le schisme qui s’est créé entre la nature et l’homme, soulignant la folie de ce dernier tendant à l’inhumanité. C’est un film bien plus profond que l’idée de base laisse penser, touchant souvent à notre part animale et à notre affect.  

Un beau film, dont la conclusion ouverte peut même être interprétée comme une extinction d’une espèce nuisible pour toutes les autres. Mais c’est sans doute moi qui vais trop loin… Il nous faut retrouver notre humanité. Bravo à Cocotte de nous le rappeler !

À noter l’utilisation de poules cascadeuses, Jackie 1, Jackie 2 et Jackie 3 qui ont probablement étudié avec l’un des maîtres des cascades asiatiques. D’ailleurs la Drunken Chicken est une spécialité chinoise.


#Too Long Didn’t Read:

Un film conceptuel sur une poule, filmé à sa hauteur et qui montre que le gallinacé est une espèce qui s’élève au-dessus de celle des hommes. Un film plus profond qu’il n’y parait qui vous fera sourire, rire et vous touchera pour son humanité… ou devrait-on dire volaillité.  

Be more  chicken ! Be more chicken !

– Gregouf


Tags: #film #2025 #Poule #Oeuf #Quide