The Christophers

Steven Soderbergh – 2025


« This will hang with the worst paintings of all time, along with dogs playing poker, velvet Elvis, and most of Warhol. »


Pour écrire une chronique, je prends souvent une journée pour respirer, assembler des idées, chercher le mot qui claque, les petits bouts trucs à assembler ensemble et lire le résultat tranquille dans ma chambre… Ah non, ça c’est Stupeflip, mais vous avez compris l’idée.


Là, je me suis dit que j’allais laisser la prose se déverser, la sève nourricière s’écouler librement, sans trop réfléchir, laisser l’impact direct parler de lui-même. Prose mitraillette, comme le Tony Montana de la critique ciné, Tony Lérama, tac tac tac!

IMDb : https://www.imdb.com/title/tt34966562/

Après un Black Bag très sympathique, sur lequel je reviendrai plus tard, Soderbergh nous revient de nouveau avec un film discret qui sort sans tambour ni trompette. En tête d’affiche, le grand, que dis-je, l’immense Ian McKellen qui a 87 ans reste l’un des plus grands acteurs vivants, appairé avec la non moins talentueuse Michaela Coel découverte dans la série Chewing Gum.

On est ici dans un film presque théâtral tant l’adaptation vers les planches semble aisée. Deux lieux principaux, les demeures respectives et deux personnages qui dialoguent pour nous faire entrer dans le succès puis la chute de l’un, et l’influence sur l’autre. McKellen est un peintre, Julian Sklar, qui a connu un succès lointain, puis s’est anéanti dans les frasques des médias, ne retrouvant jamais vraiment son talent. Coel est une restauratrice d’art, Lori Butler, engagée par les enfants de Sklar pour terminer une série de tableaux, les Christophers, car leur père est mourant et qu’ils veulent pouvoir toucher de l’argent même si les tableaux deviennent trafiqués.

Les deux se croisent, les deux personnalités s’entrechoquent pour des raisons nombreuses finement développées au cours du film. C’est un grand plaisir d’écriture et de jeu d’acteurs entre ces deux personnages, une réflexion sur le succès, sur l’art et son impact, sur la transmission et la bienveillance. C’est riche et foisonnant, et Coel et McKellen sont superbes dans leurs rôles respectifs. Très bien joué, très bien écrit, touchant quand il faut l’être, touché quand on ne s’y attend pas. Et ce cheminement difficile tient tout le long du film jusqu’à un dénouement, à contempler les nuages.

Soderbergh fait dans le minimalisme, peu de mouvement de caméra, beaucoup de gros plans sur ses deux acteurs qui brillent dans leur rôle, et des focales très courtes pour réussir à capturer l’exiguïté de l’atelier de l’artiste au complet avec nos deux acteurs s’y débattant (ce qui génère d’ailleurs quelques flous et déformations en barillet pour les amateurs de grand angle). Mais c’est très maîtrisé.

Beaucoup aimé, j’espère presque une adaptation au théâtre pour y voir ces deux-là nous refaire le même texte et la même histoire. En attendant, si vous avez l’occasion, c’est un film plein de qualité, sans artifice si ce n’est une belle écriture et deux acteurs talentueux… Bravo

– Gregouf


Tags: #film #2025 #Soderbergh #Kellen #Peinture