Yoon Gae-Un – 2025
Un titre évocateur, des idées de corps qui se rapprochent, des yeux qui se fixent, des mains qui s’enlacent… On se calme tout de suite, on va parler d’une lycéenne en Corée du Sud et vu qu’elle fait du Taekwondo elle va vous mettre un grand chassé si vous vous approchez trop près. Comme quoi le titre n’est pas toujours révélateur de ce qui va suivre.

IMDb: https://www.imdb.com/title/tt37661885/
L’affiche française est un peu différente de celle-ci, notamment avec un commentaire de Bong Joon Ho presque aussi lisible que le titre, et c’est ce qui a mis ce film sur mon radar. Je n’en connaissais rien, ni le thème, ni le réalisateur et c’est donc l’esprit totalement libre, et les yeux grands ouverts que je me rendais à cette séance. Pleine conscience… mais cinématographique.
The World of Love, c’est l’histoire de Jooin, jeune lycéenne souriante, énergique et qui semble pleinement épanouie au premier abord. Mais un jour alors qu’un camarade fait circuler une pétition pour empêcher un violeur d’enfant, condamné mais ayant fait sa peine, à se réinstaller dans le quartier, elle ne signe pas et tout s’enchaîne. Difficile de parler du film sans trop en révéler donc on s’arrêtera là. Vous vous doutez néanmoins que le thème central sera les agressions sexuelles sur mineures, et cette statistique française absolument effrayante de 160000 victimes par an. Non, il n’y a malheureusement pas de zéro de trop (Source de ce chiffre : Rapport du Gouvernement)
Mais revenons au film. Dans un pays très conservateur comme la Corée, le film propose une réflexion sur les victimes, leur perception par leur entourage aussi bien familial qu’amical, l’impact sur les relations, sur la reconstruction en grandissant. Le film est extrêmement bien construit, abordant par touches, différentes dimensions des conséquences, aussi bien le volet judiciaire à travers ce groupe de soutien, que pour la cellule familiale autour de la victime. Le trio mère, fille et frère est d’ailleurs extrêmement touchant et convaincant.
Une scène fait vraiment pivot dans le film, autour d’un lavomatic. Scène cathartique dans une bulle, avec une explosion émotionnelle absolument bouleversante, loin de la société et des autres, pour ne pas révéler son statut de victime mais également métaphore de la souillure de l’agression et d’une recherche de purification (très juste double lecture de la scène par mon amoureuse, lors de notre discussion post-film !). À partir de là, le film se développe plus librement dans son thème, acceptant justement de revivre et de laisser derrière lui la contrainte de cacher ce que l’on a subi. C’est extrêmement bien construit dans l’évolution à partir de cette scène clé et nous fait repenser beaucoup des éléments qui ont précédé. L’actrice qui joue Jooin, Go Min-Si, est parfaite dans le rôle.
Un sujet très lourd mais traité avec beaucoup d’intelligence et de tact, c’est un film de qualité qui mérite d’être vu et discuté pour le sujet qu’il aborde et les multiples dimensions de ses conséquences. Chapeau, je rejoins donc Bong Joon Ho dans son avis, je lui dirais; ça lui fera plaisir !
Et pour l’explication du titre, elle viendra également en fin de métrage, comme une étincelle incandescente sur un gâteau qui célèbre la vie et la reconstruction ! Bravo !
#Too Long Didn’t Read:
Un film très touchant et de qualité qui mérite ses louanges. Une réalisation sans artifice qui laisse ses personnages centraux briller et son thème, difficile, se développer de manière intelligente

– Gregouf
Tags: #film #2025 #Corée #Violence #Ecole
