Jafar Panahi – 2025
« There’s no need to dig their graves – they’ve done it themselves. It’s your ideals you’re burying.«
J’ai mis beaucoup de temps à voir cette palme d’or, parce que les avis légèrement mitigés dans une période déjà trop chargée avaient suffi à m’occuper ailleurs. Pourtant, le film m’attendait bien sagement sur la Médiathèque Numérique. Un réalisateur iranien majeur qui depuis plus de deux décennies illustre les difficultés de son pays et en paie le prix fort par des incarcérations nombreuses, des interdictions de voyager pendant des années, une interdiction de vivre de son art… Et pourtant, il continue son art, envers et pour tous !

IMDb: https://www.imdb.com/title/tt36491653/
Le film s’ouvre sur un long plan séquence, une famille qui conduit dans la nuit iranienne, le père qui heurte un chien, la voiture qui tombe en panne devant un petit garage… un simple accident. Puis l’un des garagistes à l’étage entend le bruit des pas du père de famille, et cela réveille en lui un souvenir.
De ce simple accident, Panahi construit un film presque comédique dans sa première partie. Vahid, notre garagiste, découvre où vit le père de famille, le kidnappe croyant reconnaître en lui un des tortionnaires du régime, qui l’a torturé. Puis récupère d’autres victimes en chemin cherchant à avoir l’assurance si oui ou non, c’est bien lui, Eghbal la Guibole ! Une photographe de mariage, le couple qui va se marier, un ancien soldat déployé en Syrie… Avec les traditions iraniennes qui demandent de faire des dons à tout le monde lors d’un évènement heureux, les scènes burlesques s’enchaînent pour le petit groupe, jusqu’à cette scène du désert sur l’affiche pour décider ce qu’on va faire vraiment. Puis une étincelle s’allume !
La scène presque finale, en plan quasi fixe sur un arbre où demeure attaché un tortionnaire en attente de ses aveux, cette lumière rouge des phares, ce plan centré sur le bourreau victime et la force de l’interrogatoire et de la performance des acteurs pour lui donner une force émotionnelle énorme, une grande réussite ! Et puis ce dernier plan sur un dos tendu, les oreilles écoutant le bruit qui fait écho à l’introduction et cette conclusion que notre esprit construit :
Face à notre humanité, saurez-vous renoncer ?
À la violence du régime, les victimes décident d’y opposer l’empathie et l’humanité. Le film de Panahi est percutant, émotionnel et une charge très forte contre ce régime qui contraint et extermine sa population. Il vit depuis 2 ans hors d’Iran et son retour serait forcément une nouvelle incarcération après un tel film.
#Too Long Didn’t Read:
Une palme d’or rattrapée bien tardivement et que j’appréhendais un peu. Il s’avère que le talent de Panahi n’a pas diminué, et que même si ce n’est pas son film le plus marquant, ça reste de grande qualité. Au moins, le festival n’aura pas attendu trop longtemps pour lui remettre cette Palme d’Or. On se souvient tous de Scorsese ne recevant la statuette aux Oscar que pour The Departed. Bravo !
– Gregouf
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